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Le Schiehallion : la montagne fée des Highlands qui a pesé la Terre

  • 1 nov. 2024
  • 6 min de lecture

Il y a des montagnes qui se contentent d'être belles. Et puis il y a le Schiehallion — qui est belle, certes, mais qui est surtout exceptionnelle. Plantée au cœur du Perthshire, dans les Highlands écossais, cette montagne à la silhouette conique presque parfaite cumule les rôles : sommet mythique du folklore gaélique, terrain d'expérience scientifique révolutionnaire, et munro accessible offrant l'un des panoramas les plus époustouflants d'Écosse. Si vous n'en connaissez qu'une dans les Highlands, que ce soit celle-là.


Deux randonneurs au sommet d’une crête enneigée, l’un en veste jaune, contemplent les montagnes sous un ciel clair.
la montagne du Schiehallion


Un nom chargé de magie : Sìth Chailleann


Commençons par le début — le nom. Schiehallion vient du gaélique Sìth Chailleann, qui se traduit approximativement par la "colline féerique des Calédoniens". Le sìth (prononcez "shee") désigne dans le folklore écossais et irlandais le peuple des fées — ces êtres de l'Autre Monde, ni tout à fait humains, ni tout à fait divins, qui habitent les collines, les tertres et les lieux hors du temps.


D'emblée, le décor est planté. Le Schiehallion ne s'appréhende pas comme une simple montagne. Il se mérite, et il parle à ceux qui l'écoutent.


Rivière calme au pied de montagnes verdoyantes, versants éclairés par le soleil couchant, avec arbres sur la rive.



Légendes et mystères : la


aux cheveux givrés


Le Schiehallion est enveloppé de récits qui remontent à bien avant l'arrivée du christianisme dans les Highlands. Les plus fascinants ? Ceux qui peuplent ses pentes de créatures surnaturelles.


La légende la plus connue évoque une sorcière aux cheveux givrés — une cailleach dans la tradition gaélique — qui habiterait le sommet de la montagne. La cailleach est une figure ambivalente du folklore écossais : vieille femme puissante, gardienne des hivers et des tempêtes, elle n'est pas nécessairement malveillante, mais elle commande les éléments. Sur le Schiehallion, dit-on, c'est elle qui décide du temps qu'il fera sur les vallées environnantes.


À cela s'ajoutent les récits d'un puits aux propriétés curatives quelque part sur ses pentes — source d'eau froide aux vertus régénératrices, fréquentée par les habitants des villages alentour longtemps avant que les premiers randonneurs ne s'aventurent sur ces sentiers.


Ces histoires ont survécu des siècles. Et quand vous grimpez le Schiehallion par un matin brumeux, le vent dans les landes de bruyère et les rochers de quartzite qui brillent comme de l'argent sous la pluie, vous les comprenez.


Visage blafard sous un voile noir et blanc, ambiance sombre et inquiétante, comme une mariée fantôme.



1774 : quand le Schiehallion a pesé la Terre


C'est ici que l'histoire bascule dans quelque chose de proprement extraordinaire. En 1774, une expérience scientifique menée sur les pentes du Schiehallion a changé notre compréhension de la planète.


L'astronome royal britannique Nevil Maskelyne (1732-1811) propose à la Royal Society de Londres une idée audacieuse : mesurer la densité de la Terre en utilisant une montagne comme contrepoids gravitationnel. Le principe ? Installer un pendule sur les versants nord et sud d'une montagne isolée, et mesurer la légère déviation causée par l'attraction gravitationnelle de la montagne elle-même sur le fil à plomb. En comparant les résultats avec les mesures astronomiques de latitude, on peut en déduire la densité de la montagne, puis extrapoler la densité moyenne de la Terre entière.


Pour que l'expérience fonctionne, il fallait une montagne à la forme conique quasi parfaite, suffisamment isolée des autres massifs pour ne pas fausser les calculs. La Royal Society retient le Schiehallion.


Maskelyne passe plusieurs mois sur les pentes de la montagne en 1774. Ses résultats, publiés en 1775, donnent une première estimation de la densité terrestre à environ 4,5 fois celle de l'eau. La valeur réelle, établie par les mesures modernes, est de 5,515 — une approximation remarquable pour l'époque. En 2007, une réévaluation numérique des données de 1774 a confirmé l'extrême précision des observations de Maskelyne.


Mais l'expérience du Schiehallion a eu une autre conséquence, peut-être encore plus importante : pour cartographier précisément la montagne et calculer sa masse, le mathématicien Charles Hutton a inventé les courbes de niveau — ces lignes qui relient les points d'égale altitude sur une carte topographique. Un outil cartographique fondamental, utilisé par des millions de randonneurs depuis 250 ans. Né ici, sur ces pentes.


Aujourd'hui, un mémorial commémoratif au parking de Braes of Foss rappelle cette histoire au visiteur avant même qu'il ait fait un pas sur le sentier.


Sentier dans une lande dorée menant à une montagne sous un ciel bleu, coiffée de nuages, à la lumière du lever du jour.



Randonner au Schiehallion : le guide pratique


Le Schiehallion est l'un des munros les plus accessibles d'Écosse — et pourtant l'un des plus récompensants. Un munro, pour rappel, est un sommet écossais dépassant 914 mètres (3 000 pieds), classé par Sir Hugh Munro en 1891. Le Schiehallion culmine à 1 083 mètres.


Le sentier part du parking de Braes of Foss, sur la Schiehallion Road. Il suit d'abord la crête orientale sur un chemin bien tracé, à travers landes de bruyère et zones de tourbières. La vue se dégage progressivement sur le Loch Rannoch au sud et sur les étendues sauvages de Rannoch Moor à l'horizon.


La partie finale — plus technique — traverse un champ de rochers de quartzite brillants qui constitue la couronne du sommet. Il faut être attentif à ses pieds, mais aucun équipement d'escalade n'est nécessaire. La vue depuis le cairn sommital, par temps clair, s'étend jusqu'à Ben Nevis et Glencoe.



Infos pratiques :

  • Distance : environ 8-9 km aller-retour

  • Dénivelé : +/- 900m

  • Durée : 4 à 5 heures selon le rythme

  • Niveau : intermédiaire (munro accessible mais terrain rocheux en sommet)

  • Équipement indispensable : chaussures de randonnée montantes, imperméable, couches chaudes, eau, carte ou GPS — la météo des Highlands change très vite

  • Gestion du site : le versant est est géré par le John Muir Trust, qui entretient les sentiers et œuvre à la restauration des habitats naturels



Mon conseil : Commencez tôt, avant que la brume ne monte sur les sommets. En fin de matinée, le sommet peut être dans les nuages alors que la vallée est ensoleillée. Et si vous pouvez, visez septembre pour les landes de bruyère en fleur — les pentes roses et mauves ont quelque chose d'irréel.
Herbes sauvages sèches dans une prairie, sous un ciel bleu, avec collines floues au loin.




Depuis où partir ? Pitlochry, votre base idéale


Pour visiter le Schiehallion, la ville de Pitlochry — à environ 30-40 minutes en voiture — est la base parfaite. Charmante ville victorienne au cœur du Perthshire, traversée par la rivière Tummel, elle offre hôtels, B&B, restaurants et une atmosphère typiquement écossaise. On y visite la distillerie Blair Athol, on se promène sur les rives du Loch Faskally, et on monte au sommet du Ben Vrackie pour une deuxième randonnée si les jambes le permettent encore.


Si vous venez depuis Édimbourg : La journée guidée dans les Highlands avec arrêt à Pitlochry est une option pratique — Glencoe, les Cairngorms, Loch Ness et Pitlochry en une seule journée depuis la capitale. Pour s'imprégner des Highlands avant d'y plonger seul.

Pour ceux qui veulent prendre le temps, le circuit 3 jours Isle of Skye & Highlands depuis Édimbourg passe par Pitlochry et offre une immersion complète dans les Highlands — Glencoe, Loch Ness, île de Skye, châteaux et légendes au programme.





Le Schiehallion dans les Highlands : pourquoi il est unique


Parmi les 500+ munros d'Écosse, le Schiehallion occupe une place à part. Sa silhouette conique reconnaissable — souvent comparée au mont Fuji, forgée non par le feu mais sculptée par les glaciers — le rend visible de très loin dans le paysage du Perthshire. Il est légèrement isolé des autres massifs, ce qui renforce son caractère de sentinelle solitaire.


C'est aussi l'un des rares sommets à avoir une histoire à la fois mythologique, scientifique et naturelle aussi dense. On ne monte pas simplement au Schiehallion pour faire un munro de plus. On monte pour se connecter à quelque chose de plus profond — à l'Écosse de fond en comble, de la légende gaélique aux courbes de niveau de nos cartes IGN modernes.


Rivière à courant lisse entre des rochers, bordée d’arbres; une maison en pierre se cache sur la colline sous un ciel bleu.




Mes conseils pratiques avant de partir


  • La meilleure période : de mai à septembre pour les conditions météo les plus clémentes. En août, méfiez-vous des midges (les moucherons écossais) — emportez un répulsif efficace.

  • Se garer : parking de Braes of Foss (payant, prévoir des pièces ou la carte). Il se remplit vite en haute saison — arrivez tôt.

  • Combinaisons possibles : Le Schiehallion se marie très bien avec une visite du Château de Blair, de la ville de Dunkeld et de ses ruines de cathédrale médiévale, ou d'une distillerie de whisky du Perthshire (Edradour, la plus petite distillerie d'Écosse, est à deux pas de Pitlochry).

  • Hébergement : Pitlochry regorge de B&B de charme. Réservez à l'avance en été — la ville est très prisée des randonneurs.


Herbes sèches dorées en gros plan, floues, devant un ciel bleu clair; ambiance calme et légère.



Le Schiehallion, c'est l'Écosse dans ce qu'elle a de plus profond : une nature qui vous dépasse, une histoire qui vous précède, et des légendes qui persistent parce qu'elles disent quelque chose de vrai sur ces paysages. Une montagne qui a pesé la Terre, qui abrite une sorcière aux cheveux givrés, et qui vous offre — si vous l'escaladez — l'un des plus beaux panoramas des Highlands. Que demander de plus ?



Avez-vous déjà randonné dans le Perthshire ou gravi un munro ? Partagez vos expériences en commentaires !


Pour aller plus loin sur l'Écosse :



Retrouvez mes inspirations écossaises sur Pinterest : @mllebougeotte


Paysage montagneux sous un ciel très nuageux, avec collines brunes et rochers au premier plan, ambiance sombre et sauvage.
la montagne du Schiehallion


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