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Les Îles Oubliées : Ces Bouts du Monde où le Temps s'Efface

2 avr.
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 sept.

Certaines îles ne se visitent pas. Elles se rêvent. On les regarde sur une carte, on repère le point minuscule perdu dans l'immensité bleue, et on se demande ce que ça fait d'être là, vraiment là, sans retour possible avant des semaines.


Kerguelen, Clipperton, Tristan da Cunha, Sainte-Hélène, les Féroé, Saint-Kilda. Six îles que presque personne ne voit, que beaucoup ne connaissent pas, et qui ont pourtant quelque chose d'essentiel à raconter sur l'isolement, la résistance humaine et la beauté brute de la planète.


Phare blanc et rouge sur une falaise verte au bord de l’océan, sous un ciel nuageux dramatique et lumineux.
Îles Féroé

Kerguelen : Le Silence Absolu


Il y a des endroits où le silence a une texture. Kerguelen est de ceux-là.

Ces îles françaises perdues dans l'océan Indien austral, à 3 300 km de la Réunion et à peu près équidistantes de tout, sont aussi appelées les îles de la Désolation. Le nom en dit long. Pas de ville, pas de route, pas de civil. Seulement la base scientifique de Port-aux-Français, quelques centaines de chercheurs qui se relaient en rotation, et une nature que personne n'a domestiquée.


Le vent y souffle presque sans interruption. Les paysages oscillent entre volcans, fjords, falaises et plaines désertes qui ressemblent à ce qu'on imagine d'une autre planète. Des éléphants de mer et des manchots royaux y cohabitent dans une indifférence absolue à la présence humaine.


Découvertes en 1772 par le navigateur breton Yves-Joseph de Kerguelen de Trémarec, ces îles ont d'abord nourri des espoirs de continent austral fertile. La réalité fut bien plus austère. Au XIXe siècle, elles devinrent un point de passage pour les chasseurs de phoques et de baleines, venus exploiter des ressources marines dans des conditions extrêmes. Leurs cabanes abandonnées, lentement rongées par le climat, sont toujours là.


Aujourd'hui, chaque trace humaine à Kerguelen semble provisoire. Comme si ces îles rappelaient silencieusement que l'homme n'est qu'un visiteur de passage.


Otarie beige endormie sur des rochers noirs au bord de l’océan, sous un ciel gris.
Îles Kerguelen
Îles Kerguelen
Îles Kerguelen
Baie d’eau turquoise entre falaises rocheuses couvertes de mousse sous un ciel nuageux dramatique.
Îles Kerguelen
Immense colonie de manchots royaux noirs et orange sur une plaine côtière, sous un ciel gris, certains en vol.
Îles Kerguelen


Clipperton : L'Atoll au Passé Tragique


Clipperton est presque irréel. Un minuscule anneau de sable blanc au milieu du Pacifique, à 1 100 km des côtes mexicaines, accessible seulement par bateau après plusieurs jours de navigation. Pas d'hôtel, pas d'habitants, pas même d'ombre où se cacher du soleil.


Revendiquée par la France en 1711 par le navigateur Michel Dubocage, l'île a longtemps suscité des convoitises, notamment mexicaines. Au début du XXe siècle, une colonie mexicaine s'y installe pour exploiter les ressources en phosphate. C'est le début d'un huis clos tragique.


Quand la révolution mexicaine éclate, les bateaux d'approvisionnement cessent de venir. La colonie, progressivement livrée à elle-même, fait face à la famine, aux maladies et à l'isolement absolu. Les survivants, des femmes et des enfants pour la plupart, sont finalement secourus en 1917 par un navire américain.


En 1931, après un arbitrage international, Clipperton est définitivement attribuée à la France. Elle reste aujourd'hui inhabitée, visitée seulement par de rares missions scientifiques. Il n'y a rien à conquérir, rien à posséder. Juste un bout de terre perdu qui rappelle que certains endroits échappent à toute présence humaine durable.




Tristan da Cunha : La Communauté au Bout du Monde


Tristan da Cunha est l'île habitée la plus isolée du monde. Ce n'est pas une formule poétique, c'est un fait géographique. Le continent le plus proche, l'Afrique du Sud, est à 2 800 km. Sainte-Hélène, l'île voisine la plus proche, est à 2 000 km.

Pas d'aéroport. Un bateau, de temps en temps, depuis Cape Town.


Et pourtant, environ 250 personnes y vivent. Elles pêchent, cultivent, élèvent des bœufs et des moutons, et maintiennent une communauté qui fonctionne selon des règles et des traditions ancrées depuis des générations. Les habitants partagent à peu près tous les mêmes noms de famille, descendants de la petite poignée de colons britanniques installés au XIXe siècle.


En 1961, un volcan entre en éruption sur l'île. La population entière est évacuée en Angleterre. Deux ans plus tard, la plupart choisissent de rentrer. Parce que Tristan da Cunha, c'est chez eux.


C'est une autre définition de ce qu'on cherche en voyageant : pas l'aventure spectaculaire, mais une façon de vivre qui fait sens, même à l'écart de tout.


Falaises volcaniques verdoyantes au bord de la mer, sous un ciel nuageux, lumière dorée sur les pentes.
Tristan da Cunha
Grande falaise verdoyante au bord de l’océan sous un ciel gris et nuageux, lumière rasante sur les rochers.
Tristan da Cunha
Village côtier au pied de falaises vertes, mer bleue au premier plan, ciel clair et calme.
Tristan da Cunha
Deux vaches paissent dans un village verdoyant au pied de hautes montagnes volcaniques.
Tristan da Cunha
Île montagneuse au bord de la mer, sous des nuages roses au coucher du soleil, ambiance paisible.
Tristan da Cunha
Deux cabanes en bois devant des murets de pierre dans une vallée verte au pied de hautes montagnes escarpées.
Tristan da Cunha


Sainte-Hélène : L'Île de l'Exil Absolu


Perdue au milieu de l'Atlantique Sud, Sainte-Hélène a longtemps été synonyme d'un seul nom : Napoléon.


Après sa défaite à Waterloo, l'Empereur est exilé par les Britanniques sur cette île choisie pour son isolement quasi inatteignable. Il y passe les six dernières années de sa vie, de 1815 à 1821, sous surveillance stricte, dans un climat humide et difficile, avec une poignée de fidèles. La maison de Longwood, où il a vécu, est aujourd'hui propriété française et se visite.


Mais Sainte-Hélène ne se réduit pas à Napoléon. C'est aussi une île volcanique aux paysages escarpés, une nature luxuriante dans ses parties hautes, une histoire coloniale dense et une atmosphère hors du temps.


Depuis 2016, l'île dispose d'un aéroport. Elle reste l'une des destinations les plus difficiles à atteindre du monde, et peut-être l'une des plus étranges.


Vue aérienne d’un village aux toits rouges, rues étroites et bâtiments blancs au pied d’une colline sèche.
Sainte-Hélène
Route côtière en pente entre végétation rase rouge et verte, vers des falaises sous un ciel nuageux, mer au loin.
Sainte-Hélène
Village côtier niché entre deux falaises arides, maisons colorées, route en lacet, baie bleue semée de bateaux au calme
Sainte-Hélène


Îles Féroé : L'Isolement Nordique


Les Féroé ne sont pas totalement coupées du monde. Il y a des vols depuis Copenhague, des routes asphaltées, des tunnels sous-marins entre les îles. Mais elles donnent l'impression d'isolement, et c'est peut-être ça qui compte.


Le brouillard danse avec les falaises. Le vert de l'herbe est d'une intensité qu'on ne voit pas ailleurs. Les maisons aux toits de tourbe semblent pousser naturellement du sol. Et entre deux sommets, il y a souvent un lac, une cascade et personne.


Colonisées dès le IXe siècle par des navigateurs nordiques souvent associés aux Vikings, les Féroé ont vécu au rythme d'une vie austère tournée vers la mer. Territoire autonome du Danemark depuis 1948, elles ont préservé une identité forte, une langue propre, le féroïen, et des traditions qui leur appartiennent.


Pour les amateurs d'Europe du Nord, les Féroé sont une destination qui s'inscrit naturellement dans la continuité d'un voyage en Islande, en Norvège ou aux Shetland. Un chapitre à part, entre sauvagerie atlantique et mélancolie nordique.


Falaises vertes battues par les nuages, cascade tombant dans la mer sombre sous un ciel dramatique.
Îles Féroé
Phare blanc au toit rouge sur une falaise verte, surplombant l’océan; quelques visiteurs, ciel nuageux.
Îles Féroé
Arche rocheuse verdoyante au bord d’une mer agitée, sous un ciel gris et orageux, avec vagues blanches sur les récifs.
Îles Féroé
Maisons aux toits de tourbe devant un fjord étroit entre des montagnes brumeuses sous un ciel sombre et dramatique.
Îles Féroé
Falaises rocheuses dominant une mer sombre et calme, île verte au centre, fjord sous un ciel nuageux.
Îles Féroé
Maisons aux toits d’herbe, cheval broutant près d’un fjord entre montagnes brumeuses, paysage paisible.
Îles Féroé
Village côtier aux maisons colorées au bord d’un fjord, falaises brunes et ciel gris couvert, ambiance calme.
Îles Féroé
Falaises verdoyantes au bord de l’océan, cascade tombant dans une baie, village au pied d’une montagne brumeuse.
Îles Féroé


Saint-Kilda : L'Île que l'Homme a Quittée


Il y a des îles où l'on vit encore. Et d'autres qu'on a fini par abandonner. Saint-Kilda fait partie de celles-là.


Perdu au large de l'Écosse, à plus de 60 km des Hébrides extérieures, cet archipel classé au double patrimoine mondial de l'UNESCO (naturel et culturel) a été habité pendant des millénaires. Une vie rude, isolée, rythmée par les oiseaux marins, les falaises vertigineuses et un climat capricieux.


Les habitants de Saint-Kilda avaient développé des techniques uniques pour escalader les falaises et récolter œufs et oiseaux marins dans un environnement aussi spectaculaire qu'hostile. Ils vivaient en quasi autarcie, presque entièrement coupés du monde continental.


Puis, progressivement, le contact avec le monde moderne fragilise ce mode de vie plutôt qu'il ne l'enrichit. Les maladies venues du continent déciment la communauté. Les jeunes partent. Les ressources se raréfient.


En 1930, les 36 derniers habitants demandent leur évacuation. Ils font partie de ces gens que l'histoire n'a pas préparés à ce moment : quitter pour toujours l'endroit où toute leur famille a vécu depuis des siècles.


Aujourd'hui, il ne reste que des maisons de pierre silencieuses, des puffins par millions, et une impression étrange, comme si le temps s'était arrêté le jour du départ. Saint-Kilda raconte l'isolement, mais aussi ses limites.


Falaises rocheuses verdoyantes au bord de la mer, sous un ciel bleu brumeux, paysage calme et majestueux.
Saint-Kilda
Falaises maritimes abruptes au soleil, oiseaux en vol, brume sur l’océan, paysage sauvage et majestueux.
Saint-Kilda
Saint-Kilda
Saint-Kilda


Pourquoi ces Îles Nous Attirent


Peut-être parce qu'elles représentent tout ce que notre quotidien n'est plus. Le silence, la nature intacte, le temps qui ralentit, l'aventure sans filet.


Elles nous rappellent qu'il existe encore des endroits où l'on peut disparaître du monde. Et que parfois, au passage, on se retrouve un peu soi-même.


Falaises rocheuses abruptes dans la brume, oiseaux en vol sous un ciel bleu clair.
Saint-Kilda


Pour Aller Plus Loin vers les Îles du Nord


Certaines de ces îles sont accessibles, ou du moins approchables, dans le cadre d'un voyage en Europe du Nord. Pour découvrir les îles les plus sauvages de l'Atlantique nord, consultez notre guide des plus beaux road trips d'Europe du Nord.


Retrouvez aussi nos articles sur les îles et destinations sauvages :



Et si vous aimez rêver voyage autant que moi, retrouvez encore plus de bonnes adresses, itinéraires et inspirations sur mon Pinterest.

Affiche de six îles isolées avec falaises, océan et un macareux; titres Les îles oubliées et Lire l’article.

1 commentaire


g_vautey
26 avr.

Pâques 1964, Stromboli, ma première île volcanique, puis retour à Heimaey au sud de l’Islande où je retrouve ma pêcherie. Une île est sortie des flots fin 1963 à 12 km d’Heimaey ; la nuit, une immense colonne rougeoyante colore le ciel et m’attire, seul, je passerai 6 jours sur cette terre vierge qui n’a que 9 mois d’existence !

  Camper sur un volcan: Gérard Vautey

https://www.youtube.com/watch?v=2mQbeyx4Q8A

En janvier 1973, j’étais sur Heimaey quelques heures après l’ouverture d’une fissure de 1500m d’où jaillissaient une vingtaine de fontaines de lave sorte de feux d’artifice tragiques en arrière-plan de l’évacuation des habitants.

Compte tenu de ces expériences, il était bien normal que je m’intéresse à Tristan Da Cunha dont Hervé Bazin raconta l’extraordinaire éruption de…

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